Le tissu économique et les grands ratios financiers du secteur

4 majors dominent sur un marché extrêmement fragmenté

Un secteur de plus en plus atomisé en nombre d’établissements

– Le secteur du BTP compte près de 545 000 entreprises. Il est extrêmement fragmenté avec une multitude d’entreprises de petite taille. Près de 95 % comptent moins de 10 salariés et les deux-tiers ne comptent aucun salarié.

– Si elles ne représentent que 0,1 % de l’ensemble en nombre, les entreprises de 250 salariés ou plus réalisent cependant près de 20 % du chiffre d’affaires du secteur.

– 4 majors dominent le paysage : Bouygues, Vinci, Eiffage et Spie Batignolles. Historiquement groupe de construction, ils ont diversifié leurs activités pour la plupart (autoroutes, concessions…) parfois dans des domaines très éloignés du bâtiment. D’envergure internationale, ces grands groupes sont présents sur tous les corps de métier (travaux publics, construction, multitechnique…) à la fois dans la construction et l’entretien/rénovation. Leur structure est assez décentralisée, avec de nombreuses filiales régionales voire locale et/ou spécialisées par métier.

– Suivent derrière une série d’entreprises de taille intermédiaire : Fayat, Demathieu & Bard, Groupe GCC, Léon Grosse, SNEF… pour beaucoup des groupes indépendants, spécialisés dans le BTP.

Une dynamique soutenue de création d’entreprises mais sur de toutes petites entités

– Le nombre d’établissements est en hausse constante depuis plusieurs années malgré le repli de l’activité et la baisse des effectifs. Sur les 5 dernières années, le BTP compte plus de 100 000 créations nettes d’établissements, soit une hausse de 4 % en moyenne par an. Les créations se sont faites essentiellement sur des toutes petites entreprises (< 10 salariés ou entreprises individuelles), accentuant la fragmentation du secteur.

La filière du Bâtiment concentre 93 % des entreprises du secteur

– La plupart des ouvertures d’établissements ont concerné la filière du Bâtiment avec près de 20 000 créations nettes en moyenne par an sur les 5 dernières années. Cette augmentation est due principalement à une forte croissance des entreprises individuelles. Les nouveaux entrants rencontrent peu de barrières à l’entrée qu’elles soient techniques, réglementaires ou financières.

– En structure, 95 % des entreprises comptent moins de 10 salariés pour une moyenne globale de moins de 3 salariés par établissements. Ces petites entités réalisent en moyenne 130 KEUR de chiffre d’affaires annuel et interviennent surtout dans le résidentiel. Le secteur ne compte qu’à peine 200 entreprises de plus de 200 salariés. Des entités plus importantes qui génèrent 15 % du chiffre d’affaires du secteur avec un chiffre d’affaires moyen de 95 MEUR par an.

– Les corps d’état les plus représentés sont la maçonnerie-gros œuvre, l’électricité et la peinture.

Structure de la filière du Bâtiment par taille d’entreprises (2014)

Travaux publics : 65 entreprises réalisent 73 % du chiffre d’affaires de la filière

– Si les entreprises de travaux publics ne représentent que 7 % de la totalité des entreprises du BTP, elles concentrent 22 % des effectifs du secteur.

– La filière des Travaux publics est moins atomisée que le Bâtiment avec un taille moyenne des établissements de 183 salariés contre moins de 3 dans le Bâtiment. Les entreprises de plus de 50 salariés réalisent près des trois-quarts du chiffre d’affaires de la filière (contre à peine 30 % pour le Bâtiment).

 

Des indicateurs financiers en détérioration

La dégradation de la conjoncture a coûté aux professionnels de la construction 2,5 points de marge en 3 ans

– Les entreprises du secteur de la construction(1) ont dégagé en 2012 un taux de marge moyen de 17,5 %. Impacté par la morosité économique, ce ratio est en baisse de 2,5 points par rapport à 2009.

– Les écarts de performance sont très importants selon la taille des entreprises avec des taux de marge variant de 28,6 % pour les établissements de moins de 10 salariés à 5,9 % pour les grosses entreprises (> 250 salariés). Ils s’expliquent par des structures de coûts plus légères pour les petits établissements mais aussi et surtout par des différences de formes juridiques avec une forte proportion d’entrepreneurs individuels au sein des petites entreprises, leur rémunération ne se faisant pas sous forme de salaires mais de dividendes.

– Le secteur dégage en revanche des taux de rentabilité économique relativement élevés (près de 16 % en moyenne), en partie liés à la faiblesse des capitaux investis. Ce ratio s’est cependant dégradé de 5 points en un an, impacté par le repli de l’activité. Les différences de statut juridique jouent, là encore, sur les différences de performance entre la taille des entreprises avec des écarts de près de 20 points entre les niveaux dégagés par les établissements de 0 à 9 salariés (25 %) et ceux par les entreprises de 250 salariés ou plus (5,5 %).

– De même, les ratios de rentabilité financière sont élevés (16 %) du fait de la faiblesse des capitaux propres, particulièrement dans les entreprises de plus de 250 salariés avec un ratio de 20,2 %.

(1) Le secteur de la Construction au sens de l’INSEE comprend le génie civil et les activités de bâtiment et travaux spécialisés y compris la promotion immobilière

 

 

Un faible niveau d’investissement
- Le secteur dégage en moyenne un faible taux d’investissement (8 % en 2012), le niveau d’investissement des petites entreprises étant près de 5 points plus élevés que celui des grands groupes (6 %). Après avoir quasiment retrouvé son niveau d’avant-crise en 2011, le taux d’investissement du secteur a de nouveau diminué en 2012 dans un contexte économique morose.

Allongement des délais de paiement des clients

– En moyenne, les délais moyens de paiement des clients (hors avances) sont supérieurs de plus de 10 jours à ceux des fournisseurs. Entre 2011 et 2012, ils se sont allongés de plus de 3 jours en moyenne, passant de 84,2 jours à 87,3 jours.

– Néanmoins, le secteur du BTP se caractérise par des cycles de production souvent longs et les entreprises bénéficient souvent d’avances sur commandes pouvant atteindre jusqu’à 20 jours.

 

 

Vinci
Nationalité Française
Activités Construction, travaux publics, énergie et concessions
Principaux actionnaires Groupe coté à la bourse de Paris
Investisseurs institutionnels (69,7 %), salariés (9,7 %)
Chiffre d’affaires 2014 38,7 MdEUR (-4,1 % par rapport à 2013)
Taux de marge nette 2014 6,4 %
Effectifs fin 2014 185 293 salariés
Présence géographique Groupe implanté dans plus de 100 pays au travers de 2 100 entreprises
Stratégies de croissance Internationalisation de l’activité
BTP : développement prioritaire dans les métiers de l’énergie via des opérations de croissance externe
Concessions : développement de l’activité, notamment sur le segment aéroportuaire

– Le groupe Vinci est un acteur mondial des métiers du contracting (construction, travaux et installations électriques, travaux publics) et de la concession (premier opérateur européen de concessions d’infrastructures de transport). Si la concession ne représente que 15 % de l’activité et 7 % des effectifs, elle contribue à hauteur des deux tiers au résultat opérationnel du groupe.

– Les activités de contracting représentent un chiffre d’affaires de 32,9 MdEUR en 2014, en baisse de 5,0 % par rapport à 2013, en raison du repli de 8,0 % de la branche construction (baisse des volumes, déconsolidation de CFE). Dans le BTP, Vinci réalise 57 % de son activité en France (18,8 MdEUR, en baisse de 4,9 %) où il emploie près de 93 000 salariés.

– Sur les activités contracting, la priorité est donnée au développement de la branche Energie (9,3 MdEUR de chiffre d’affaires en 2014, +0,7 %) afin d’en faire, à moyen terme, le premier contributeur à l’activité du groupe.

Bouygues
Nationalité Française
Activités Construction : Bouygues Construction (BTP, énergies et services), Bouygues Immobilier et Colas (routes)
Télécoms : Bouygues Telecom
Médias : TF1
Principaux actionnaires Groupe coté à la bourse de Paris
Public (55,8 %), salariés (23,3 %), SCDM, holding de Mzatin et Olivier Bouygues (20,9 %)
Chiffre d’affaires 2014
dont CA BTP 2014
33,1 MdEUR (+0,1 % par rapport à 2013)
26,5 MdEUR (+2,0 %)
Taux de marge nette 2014 2,4 % (3,5 % pour les activités BTP)
Effectifs fin 2014 127 470 collaborateurs (dont 115 124 dédiés aux activités BTP)
Présence géographique Présent dans plus de 100 pays
Stratégies de croissance (BTP) Renforcement des positions à l’international
Développement sur les activités de spécialités (réseaux d’énergie, facility management, ferroviaire, etc.).

– Bouygues est un groupe industriel diversifié, présent à la fois sur les marchés du BTP (81 % du CA 2014), des télécoms (13 %) et des médias (6 %).

– Le chiffre d’affaires des activités BTP s’élève à 26,5 MdEUR en 2014, en croissance de 2,0 %. La dynamique de l’activité internationale (11,6 MdEUR, en progression de 10 %) permet de compenser la baisse de l’activité en France (14,9 MdEUR, -4 %), notamment le recul du marché de la route.

– Au cours des dernières années, le groupe a fortement internationalisé ses activités dans le BTP : la part du chiffre d’affaires réalisée hors de France est de 44 % en 2014.

– Le carnet de commandes des activités BTP est stable à 27,6 MdEUR à fin décembre 2014 par rapport à l’exercice précédent, dont plus de la moitié à l’international.

Eiffage
Nationalité Française
Activités Construction, travaux publics, énergie et concessions
Principaux actionnaires Groupe coté à la bourse de Paris
Public (40 %), salariés (25,3 %), BPI France (19,5 %)
Chiffre d’affaires 2014 14,0 MdEUR (-1,9 % par rapport à 2013)
Taux de marge nette 2014 2,0 %
Effectifs fin 2014 66 022 salariés
Présence géographique Présent dans 70 pays
Stratégies de croissance Renforcement des implantations à l’international (BTP et concessions) via croissance interne et acquisitions
Développement d’offres intégrées (synergies entre l’ensemble des métiers du groupe)

– Avec un chiffre d’affaires de 14,0 MdEUR en 2014, Eiffage est le leader européen du BTP et des concessions.

– L’activité BTP représente 83 % de l’activité du groupe mais seulement 28 % de son résultat opérationnel. L’activité de concessions tire aujourd’hui la croissance et la rentabilité du groupe.

– Après plusieurs années de croissance ininterrompue, l’exercice 2014 a été marqué par un recul de l’activité du groupe de près de 2 %. Cette baisse est imputable au repli de 3,3 % de l’activité de travaux, qui n’a pas été compensé par le bon dynamisme des concessions.

– Eiffage réalise 83 % de son activité en France où il emploi 54 000 collaborateurs. Face au faible dynamisme de son activité sur le marché français depuis plusieurs années, le groupe donne aujourd’hui priorité à son développement à l’international.

– Début 2015, le carnet de commande d’Eiffage s’élève à 11,8 MdEUR, quasi équivalent à celui de l’exercice précédent mais de 13 % inférieur à son niveau de début 2012.

Spie Batignolles
Nationalité Française
Activités Construction, travaux publics, énergie et concessions
Principaux actionnaires Groupe non coté
Dirigeants et salariés (majoritaires), fonds Adrian et Salvepar
Chiffre d’affaires 2013 2,1 MdEUR ( -4,9 % par rapport à 2012)
Taux de marge nette 2013 1,3 %
Effectifs Plus de 7 000 salariés
Présence géographique 160 implantations dans 6 pays
Stratégies de croissance Développement par croissance externe
Internationalisation de l’activité

L’activité de Spie Batignolles couvre l’ensemble des métiers du BTP :
– la construction : bâtiments publics et privés, aménagement intérieur, façades…
– le génie civil et les fondations : travaux souterrains, construction industrielle, fondations spéciales…
– les travaux publics : terrassement, travaux sur réseaux travaux routiers…
– l’énergie : installation électrique, maintenance multitechnique…
– les projets immobiliers : centres commerciaux, quartiers, bureaux, hôtel…
– les concessions (parkings, piscines).

Spie Batignolles réalise l’essentiel de son activité sur le marché français.

L’arrivée du fond d’investissements Adrian dans le capital du groupe au second semestre 2014 va permettre à Spie Batignolles de se développer en France et à l’international, via notamment des acquisitions d’envergure.